"L'eau n'est pas un bien marchand comme les autres mais un patrimoine qu'il faut protéger, défendre et traiter comme tel

La directive européenne 2000/60/CE a établit, en décembre 2000, un cadre communautaire pour la protection et la gestion des eaux. Cette directive-cadre prévoyait notamment l’identification et l’analyse des eaux européennes, recensées par bassin et district hydrographiques, ainsi que l’adoption de plans de gestion et de programmes de mesures appropriées à chaque masse d’eau.

La Commission européenne chargée de l’évaluation de la mise en œuvre de cette directive-cadre sur l'eau formule, en mars 2007, un certain nombre de recommandations aux États membres, notamment en vue de remédier aux carences constatées, d’intégrer la gestion durable des eaux dans les autres politiques nationales et de tirer le meilleur parti de la participation des citoyens, et elle annonce les actions qu’elle compte effectuer à l’avenir dans le cadre de la politique européenne de gestion de l’eau.

C’est dans ce contexte réglementaire européen et dans le cadre de la Loi du 30 décembre 2006 sur l’eau et milieux aquatiques, que se situe le projet de barrage sur l’Auzance du Conseil général de Vendée et que s’expriment "les pour" et "les contre" à ce projet.



TRIBUNE OUVERTE
à Pascal Gracia



On parle d'une retenue sur l'Auzance depuis trente ans. Ce barrage fait partie du Schéma départemental d'alimentation en eau potable adopté par Vendée Eau, anciennement le syndicat départemental d'eau potable en 2004 .

Toute une série de motions « pro-barrage » ont été orchestrées et adoptées au premier trimestre 2009 par des communes, communautés de communes et autres syndicats d'eau du nord-ouest inféodées au pouvoir départemental.

 

Diverses raisons ont de tout temps motivé de tels aménagements : irrigation et lutte contre la sécheresse, alimentation en eau des populations, régulation des crues, et plus récemment production d’énergie électrique et création d’aires de loisirs.

Aujourd’hui, sur l’ensemble du globe, environ 40 % des barrages servent à l’irrigation et 40 % à la production d’électricité;  un homme sur dix à travers le monde doit sa survie à leur existence.

Mais les bénéfices escomptés de ces ouvrages parfois grandioses ne sont pas toujours au rendez-vous en raison de leurs effets néfastes sur les régimes hydrauliques des rivières, sur la qualité de leurs eaux et sur le fonctionnement des écosystèmes aquatiques. Certains d’entre eux sont même considérés aujourd’hui comme des échecs patents. C’est le cas par exemple des deux barrages aux conséquences funestes construits sur le fleuve Sénégal
: aujourd’hui le fleuve se meurt au cœur d’une région qui se désertifie.

Voici quelques effets induits par ces aménagements sur l’environnement :

- Ils condamnent la flore et la faune de toute la région submergée par le lac de retenue.
- Ils transforment un système d’eau courante en un système d’eau dormante, modifiant la composition des peuplements végétaux et animaux du cours d’eau. Certaines espèces de poissons migrateurs notamment disparaissent, leur route vers les frayères étant coupée. La vidange décennale des ouvrages de plus de 20 mètres de haut, imposée par la réglementation française à la suite de la catastrophe du
barrage de Malpasset en 1959, exerce elle aussi un effet particulièrement néfaste sur la faune aquatique en aval de la retenue
- Ils perturbent fortement le régime hydrologique du cours d’eau en aval de la retenue, ils suppriment totalement les crues et les zones humides.
- Ils sont à l’origine d’importantes pertes d’eau par évaporation, surtout en milieu tropical. Ainsi,
le lac Nasser (barrage d'Assouan) perd chaque année 10 milliards de mètres cubes d’eau par évaporation.
- Ils retiennent les limons dans les lacs de retenue, ce qui a d’importantes conséquences tant en amont qu’en aval. L’accumulation progressive des limons en amont induit une
eutrophisation de la retenue et donc une dégradation de la qualité de l’eau.
- En aval, l’eau n'est plus naturellement enrichie par ces limons : en Égypte, par exemple, la construction du barrage d'Assouan a supprimé l’apport des limons qui fertilisaient les terres agricoles bordant la vallée du Nil et des engrais artificiels ont dû être substitués à ces engrais naturels. Toujours en aval, le lit du cours d’eau s’enfonce car les sédiments continuent à être charriés plus loin encore sans être remplacés. Enfin, à l’embouchure du cours d’eau, l’arrêt des apports de sédiments conduit au non-remplacement des sables et des limons emportés par les courants marins ce qui diminue la productivité biologique des milieux côtiers.


Ces considérations ont conduit à l’abandon du projet de grand Canal Rhin Rhone en 1997. Il avait été qualifié de "crime contre l’environnement".
Les barrages peuvent aussi entraîner une salinisation des nappes phréatiques côtières en empêchant les apports d’eau douce et en favorisant ainsi les intrusions d’eau de mer.


Il n’est donc pas surprenant que le projet de barrage de Vendée Eau se heurte à la loi sur l'eau, moins favorable à ce type d'aménagement. Cette législation est inspirée de la directive européenne qui met en avant les conséquences sur l'environnement de tels projets : et on comprend pourquoi...
Sous la pression des évidences écologiques, Vendée Eau a dû engager une étude complémentaire, comparant deux solutions : le barrage et le pompage d'eau dans la Loire, en amont d'Ancenis, pour tenter de se réfugier derrière des considérations financières.

Pour le président de Vendée Eau "Sur un plan technique, le stockage d'eau à proximité des lieux de consommation s'impose. Avec un niveau adaptable au quotidien, la gestion est plus efficace".
Il n’évoque pas les conséquences écologiques. On aurait souhaité son avis.
Au plan financier,
Vendée Eau affirme sans le démontrer que "la construction d'un barrage revient à 25 millions. Le raccordement à la Loire par un réseau de 120 km de conduites coûterait 60 millions".

Mais la Direction Départementale de l'Equipement et de l'Agriculture -
DDEA de Vendée- fait valoir que le barrage "ne doit être qu'une solution de repli, après avoir démontré qu'il n'y a pas d'autre solution".
Selon ce service de l’Etat, le coût environnemental du barrage est supérieur à celui de la conduite. Ce coût évalue leur impact sur la faune et la flore, mais aussi sur les activités humaines. "En intégrant les coûts environnementaux, le prix devient comparable avec le pompage en Loire".

Mis en difficulté par les arguments des services de l’Etat,
Vendée Eau avance les avantages de sa solution en termes de délais de réalisation : "nous sommes propriétaires des 250 ha nécessaires à la réalisation du barrage. Nous sommes dans la capacité de le construire dans les deux ans. Le transfert à partir de la Loire nécessite de contacter tous les propriétaires concernés par le passage des conduites, en Maine-et-Loire et en Vendée. C'est l'affaire d'au moins trois à quatre ans"
Depuis le mois de septembre 2009, des communiqués alarmistes alimentent cette peur contemporaine. Ainsi le journal Ouest France du mardi 13 octobre relatait en ces termes "Eau : état d'urgence dans le nord-ouest…..Le Marais breton, dans le secteur allant de Challans aux portes des Sables-d'Olonne, est à la limite de la rupture".
On se serait cru au Sahara !!!!!


Ouf !...
la nature a repris ses droits et on apprend le mardi 03 novembre 2009 que "Les pluies de ces dernières semaines ont permis de recharger certains barrages, en particulier ceux qui tiraient la langue, comme à Apremont"-Ouest-France

Devant ce "tapage médiatique" il n’est pas inutile de rappeler nos leçons de choses apprises depuis que Jules Ferry a institué l’obligation de l’enseignement. Ces leçons sont appelées aujourd’hui "sciences et vie de la terre". C’est pourquoi je ne résiste pas à l’envie de montrer le schéma du cycle de l’eau que nous avons tous appris dans nos écoles primaires :




  Clic pour agrandir l'image  




A cette description s’ajoutent les prévisions de réchauffement de la planète. Il y aura donc davantage d’évaporation, donc de précipitations. Certes, celles-ci ne sont pas garanties sur les parcelles X Y ou Z  de telle ou telle commune.


Peut-on raisonnablement revendiquer un droit départemental à l’autonomie des approvisionnements pour justifier une demande de retenue d’eau ? La reconnaissance de cette revendication serait une négation des solidarités républicaines dans l’Etat unitaire de la République Française.

 

Ce projet de coûteuse infrastructure localisée me parait destiné à réduire les risques de variation des revenus d'une poignée de gros producteurs agricoles spécialisés.
Ces producteurs savent que le seuil de rentabilité de l'exploitation laitière de demain sera de plus en plus élevé. La crise actuelle du prix du lait est révélatrice. Eu égard à l’évolution du prix du marché mondial, le seuil de rentabilité de l’exploitation agricole est prévu à au moins mille têtes de bétail, voire deux milles….
Les besoins en eau seraient alors considérables et disproportionnés par rapport aux ressources de certains territoires de la Vendée qui devront recourir de manière encore plus intensive à l’irrigation.

L'irrigation présente deux inconvénients majeurs pour les milieux aquatiques : elle est grande consommatrice d’eau et peut accélérer la désertification de certaines régions. Le pompage abusif d’eau fluviale à des fins d’irrigation peut progressivement conduire à l’assèchement des territoires situés plus en aval.

Dans ce contexte, la variation saisonnière des ressources en eau devient incompatible avec la production du maïs par exemple.

Le projet de barrage, financé par la collectivité, apparaît comme une tentative de prévention des risques de variations saisonnières de revenus de quelques gros producteurs agricoles. Une tentative seulement car sans pluie suffisante pour maintenir un niveau de remplissage convenable, il ne servirait à rien sinon à entretenir à court terme les faux espoirs d'une clientèle électorale savamment apeurée
Le calendrier du débat est étrangement électoral.
La question fondamentale qui se pose aux vendéens du littoral est de savoir quel est, au regard de l'intérêt général, le secteur de production prioritaire dans le nord-ouest de la Vendée :

Le tourisme ou l'agriculture intensive
?

La majorité départementale choisit de donner la priorité à l'agriculture intensive au mépris des directives européennes sur l'environnement et la protection des écosystèmes.

N'oublions pas que les pollutions générées par l'agriculture intensive contrarient les perspectives de développement touristique sur le littoral, richesse naturelle de la Vendée.



Pascal Gracia

Militant associatif à Château d’Olonne


Par Insolite85 - Publié dans : Vendée - Communauté : LA VENDEE
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Commentaires

salut
il y a plein de catastrophe et on continue à dévier ou modifier les cours d'eau
bonne journée
Commentaire n°1 posté par bunny le chti le 17/11/2009 à 10h06

juste te faire un bizou mister
bonne fin d'aprem

Commentaire n°2 posté par angelyz le 11/11/2009 à 16h55
Un ptit coucou du soir et très froid du bocage Vendéen!!!

bonne fin de journée

Dany
Commentaire n°3 posté par Dany "alias bettyboop85" le 09/11/2009 à 18h11
salut
en France les inondations deviennent d eplus en plus fréquentes alors il faut faire attention à ce que l'on fait quand on fait un barrage
il faut savoir que la nature reprend toujours ses droits
bonnes oirée
Commentaire n°4 posté par bunny le chti le 08/11/2009 à 17h48
Pour avoir fait onze ans d'hydrauliquye villageoise en Afrique de l'Ouest, je connais les ravages des barrages colinaires de ravinement ou les marigots et les polutions (avec toues les maldies micorbiennes en prime) qu'ils générent facilement mesurables. Nous n'avons cessé de dire aux africains que les forages et les châteaux d'eau étaient préférables Chez nous nous faiosn l'inverse : Faites ce que je dis ne faites pas ce que je fais ! 
Commentaire n°5 posté par Alain RIVIER le 07/11/2009 à 22h47
@Alain Rivier
Ah vrai que nous sommes souvent en pointe pour dire aux autres ce qu'il faut faire et comment le faire !!! Prompt à donner des leçons, nos dirigeants le sont moins en général à appliquer leurs beaux discours au niveau de leurs décisions, particulièrement en matière de politique de développement durable...
Amicalement
Réponse de Insolite85 le 11/11/2009 à 09h57
Alors un barrage parce que les touristes utilisent l'eau à gogo ( voir sur nos plages pour laver même les jouets des gosses) et donc restriction fin août pour les autochtones.. c'est un peu fort .  Et un trimécanobiologique avec compost frelaté parce que les touristes ne trient pas correctement leurs ordures et donc épandage sur nos cultures et empoisonnement des autochtones  c'est encore plus  fort !
Cest quoi déjà  cette nouvelle "religion" du dieu   touriste avec  gaspillage à gogo ( les gogos sont nous bien sûr!   ? Elle profite à qui cette  manne ? Il serait grand temps de prendre en compte l'identité d'un touriste lambda et lui donner l'occasion pendant ses vacances de  progresser...je crois que des commerçants éclairés ont déjà lancé un accueil touristique  environnement durable ( du moins on en parle)
Alors avant de détruire le seul cours d'eau libre qui nous reste ..calculons  et faisons avec les possibilités qui nous sont offertes.
Commentaire n°6 posté par Girou martine le 07/11/2009 à 16h36
@Girou Martine
Les comportements individuels, dont celui des touristes, se doivent à l'évidence d'évoluer. Cependant les politiques de gestion de l'eau, comme celles des déchets, devraient être inscrites bien davantages par les décideurs dans le cadre des autres politiques de la Région et du département...et surtout mieux respecter le principe de précaution.
Cordialement 
Réponse de Insolite85 le 11/11/2009 à 09h47
Coucou Insolite,
Le problème est très complexe et je n'ai pas tous les éléments c'est certain mais il faut quand même bien trouver une solution pour la surconsommation d'eau potable estivale.
Cette baisse du niveau des nappes phréatiques devient très récurrent et préoccupant ...
Bonne journée,










      
Commentaire n°7 posté par Muad Dib le 07/11/2009 à 16h15
@Muad Dib
Je ne suis pas un spécialiste de la chose non plus. Il semble que le problème des nappes phréatiques et l'étiage des plans d'eau, proviennent essentiellement des arrosages intensifs des cultures, parait-il...Quoiqu'il en soit, la saison touristique n'est pas non plus neutre en matière de consommation d'eau potable.
Affaire à suivre...
Amicalement
 
Réponse de Insolite85 le 11/11/2009 à 09h32
Toujour pour gaspiller plus l'eau , on veut faire des barages avec l'argent des contribuables , çà ne change pas .
Commentaire n°8 posté par rancon dominique le 06/11/2009 à 22h11
@rancon dominique
Là ce sont les arguments "contre", mais bientôt va y avoir un article avec les arguments "pour"...moi je suis plutôt contre.
A+
Réponse de Insolite85 le 07/11/2009 à 10h44

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